Brussels World Simulation : Dan Jørgensen
Dan Jørgensen, commissaire européen à l’Énergie, est au coeur du dossier pour cette édition du BWS, portant sur la révision du Règlement européen « Gouvernance de l’Union de l’énergie ». Il a pour mission, entre autres, de maintenir des prix énergétiques abordables, de concilier les enjeux énergétiques aux enjeux de durabilité, et de favoriser l’indépendance énergétique de l’UE.
Il est, dans le cadre de la simulation, incarné par Ulysse Allix, étudiant en master 2 Politiques européennes, parcours Carrières européennes.
Premièrement, pourriez-vous présenter votre rôle et votre action sur la révision du Règlement Gouvernance de l’Union de l’énergie ?
Je suis Dan Jørgensen, commissaire européen à l’Énergie et au Logement, et je porte au sein du Collège des commissaires la révision du Règlement sur la Gouvernance de l’Union de l’énergie. Je pilote la préparation de notre proposition, en lien étroit avec les directions générales de l’énergie et du climat et avec mes collègues commissaires. J’ai notamment porté dans le cadre de notre consultation un certain nombre de questions sur l’avenir des PNEC, sur l’architecture de nos objectifs ou encore sur la précarité énergétique. Je m’appuie, pour la proposition et les négociations à venir, sur mes expériences en tant que ministre du Climat et de l’Énergie au Danemark, qui me permettent d’appréhender au mieux les enjeux de cette révision.
La Commission a récemment lancé sa consultation en vue de préparer sa proposition. Quelles sont les principales mesures envisagées et les grandes lignes de la consultation ?
En amont de ces consultations, nous avons d’un commun accord fixé trois grandes lignes directrices qui vont nous guider tout au long de ce processus: l’actualisation, la simplification et l’accélération. A partir de ces lignes nous avons établi une boussole qui conjugue ambition climatique, souveraineté énergétique et compétitivité industrielle.
Notre proposition de révision sera ainsi traversée par quatre grandes thématiques: harmoniser et simplifier la proposition législative, proposer une réforme des PNEC, tendre à la transition juste, penser un fonds de transition.
Comment la Commission va-t-elle s’en inspirer pour la rédaction de sa proposition ?
Notre consultation comptait une cinquantaine de questions, afin d’avoir une première idée des positions des parties prenantes aux négociations avant de débuter la rédaction de notre proposition. J’aimerais d’ailleurs remercier tous ceux qui ont répondu, leurs contributions nous sont parvenues et nous les étudions en ce moment même. Tout ce travail n’a de sens que si nous prenons ce qui nous est dit en compte, et c’est bien sûr ce que nous sommes en train de faire. L’idée est de pouvoir identifier les points de convergence et les lignes rouges de chacun afin trouver en amont une ligne de compromis qui permettra de faciliter la suite des négociations. Je constate déjà à la lecture des réponses une forte polarisation des demandes des acteurs européens sur un certain nombre de questions. Le dossier sera complexe, mais je tiens à affirmer que nous comptons bien renforcer les ambitions européennes en matière d’énergie tout en maintenant pour chaque Etat le choix de son mix énergétique.
Pourquoi procéder à une révision du Règlement maintenant, dans le contexte actuel ?
Parce que le calendrier et l’actualité l’exigent. Le calendrier parce que les États doivent remettre leurs projets de plans pour 2031-2040 au plus tard le 1er janvier 2028. Nous devons donc dès maintenant revoir les objectifs que nous nous donnons, en prenant en compte le nouveau cap que nous nous sommes donné avec la loi européenne sur le climat: −90 % d’émissions nettes en 2040,vers la neutralité en 2050. L’actualité ensuite, je crois que nous l’avons tous en tête. La flambée des prix du gaz et du pétrole a révélé notre vulnérabilité, alors que 57 % de l’énergie que nous consommons provient d’énergies fossiles importées. Cette crise est bien sûr une crise des énergies fossiles, et la canicule historique de cet été nous a rappelé que le changement climatique pèse déjà sur notre système énergétique. Nous nous devons par ailleurs de constater la défiance éprouvée par une partie des citoyens européens vis-à-vis de nos institutions, en partie causée par la complexité de nos normes. Nous souhaitons donc mettre à profit cette révision pour contribuer au mieux légiférer, notamment à travers la simplification du texte.
Comment envisagez-vous la suite des négociations ? Quel rôle comptez-vous endosser une fois la proposition publiée ?
Les consultations sont passées, mais l’ensemble du Collège des commissaires reste bien entendu ouvert au dialogue avec l’ensemble des parties prenantes. Nous sommes prêts à écouter leurs positions et à expliciter notre démarche. La transparence est une exigence que nous nous sommes fixés, sous l’impulsion de la Présidente Ursula von der Leyen et de son directeur de cabinet Björn Seibert.
Une fois la proposition publiée, je m’attends à des négociations exigeantes au sein du Parlement et du Conseil. De nombreux aspects de la proposition mèneront à des débats houleux mais nécessaires. Durant ce processus de négociation, notre rôle sera double. D’abord défendre l’équilibre de notre proposition devant les eurodéputés et les ministres, ensuite faciliter le compromis en restant disponible à chaque étape.