Forum franco-allemand de la Méditerranée

Lieu unique d’échanges et de débats autour des questions européennes et méditerranéennes, le Forum franco-allemand de la Méditerranée accueille chaque année chercheurs, écrivains, philosophes, institutionnels, étudiants, journalistes et artistes.

Le Centre franco-allemand de Provence, l’IMéRA et Sciences Po Aix ont en partage de nombreuses valeurs et, d’abord, celle de ne pas enfermer les débats d’idées entre les murs institutionnels et académiques.

Ces trois institutions sont des lieux de réflexions, de savoirs, d’initiatives et de transmission. Chacune, à sa façon, cultive le goût de jeter des ponts entre les cultures et les façons de regarder le monde, de confronter les opinions, d’ouvrir des horizons.

Avec le Forum franco-allemand de la Méditerranée, inauguré en 2017, ces maisons de débats et d’échanges ont voulu, ensemble, proposer un grand rendez-vous annuel sur la Méditerranée qui se déroule à Aix-en-Provence et Marseille.

Edition #6 “Migration, mobilité et exil”

Depuis 2014, plus de 10 000 personnes en migration ont perdu la vie en Méditerranée. Ces morts font la Une de l’actualité, mais les approches émotionnelles ou sécuritaires ne suffisent pas à rendre compte de cette hécatombe. Les politiques européennes de renforcement des contrôles aux frontières, autant que l’instabilité des pays de transit comme la Libye y sont pour beaucoup. La mise en récit de ces drames contribue à alimenter le fantasme de « l’invasion ». Dans un document récent du HCR, l’organisation pointe le paradoxe suivant :
« Le nombre de réfugiés et de migrants qui franchissent la Méditerranée pour rejoindre l’Europe est moins élevé qu’en 2015, mais ces périples sont de plus en plus meurtriers. L’année dernière, quelque 3 231 personnes ont été déclarées décédées ou portées disparues en mer en Méditerranée et dans le nord-ouest de l’Atlantique, contre 1 881 en 2020 et 2 277 en 2018. Un nombre de personnes plus important encore pourrait avoir perdu la vie sur la route à travers le désert du Sahara et dans les zones frontalières éloignées. »

La prégnance des émotions et des peurs rend difficile une approche plus sereine d’un phénomène dont le côté tragique invisibilise sa normalité, si on se donne les moyens de convoquer le temps long et d’éviter les amalgames entre migration, mobilité, exil et expatriation.

De nombreux facteurs expliquent les migrations : la recherche de débouchés commerciaux, la situation économique, sociale et, de plus en plus, culturelle, qui engendrent un besoin primordial de mobilité, les guerres, les conflits intra-étatiques et les cataclysmes environnementaux qui poussent à l’exil et aux migrations forcées. Les différentes phases des migrations humaines que sous-tendent ces facteurs se mesurent en termes de siècles. Les flux et les rythmes migratoires s’accélèrent et se densifient au cours du temps augmentant du même coup la complexité et la variété des modalités-mêmes de la migration. Ce processus semble atteindre aujourd’hui son paroxysme du fait même des contradictions internes de la globalisation des échanges financiers, de biens et de services, qui ne s’accompagnent pas, bien au contraire, de la libre circulation des personnes. Les chiffres constituent généralement le point de départ de la plupart des discussions sur la migration. Comprendre les changements d’échelle, les tendances émergentes et les évolutions démographiques accompagnant les transformations sociales et économiques dans le monde, telles que la migration, nous permet d’expliquer le monde en mutation dans lequel nous vivons et de faire des plans pour le futur.

Sciences Po Aix et ses partenaires ont choisi de consacrer le Forum franco-allemand de la Méditerranée à cette question, en insérant la migration dans son contexte global, celui de la mobilité et en interrogeant les trajectoires contraintes et choisies dans leurs dimensions historique, géopolitique mais aussi humaine. Disposer de données fiables est une première condition pour installer le cadre d’un débat constructif qui identifie les protagonistes, pointe les responsabilités et surtout éclaire les zones d’ombre d’une problématique extrêmement complexe. Il s’agira par exemple de traiter aussi bien de la fécondité de l’exil et son rapport à la création que de l’épreuve aux dimensions tragiques. Il s’agira d’interroger en même temps les politiques européennes que celles des pays de transit comme la Tunisie, le Maroc ou la Turquie. Il s’agira en dernier lieu de regarder vers l’avenir et de répondre aux besoins de mobilité autant qu’au droit à la mobilité des jeunes.

 

Nos partenaires

L’IMéRA

L’Institut d’études avancées d’Aix-Marseille Université (Iméra) est un sanctuaire de libertés intellectuelles où une communauté temporaire composée de scientifiques et d’artistes internationaux de très haut niveau peut trouver le temps, l’espace et les ressources nécessaires pour découvrir, individuellement et avec les autres résidents, un sens et des contenus nouveaux pour leurs recherches. L’activité de recherche au sein de l’institut est articulée autour de quatre programmes structurels :

  • Arts & sciences : savoirs indisciplinés
  • Explorations interdisciplinaires
  • Méditerranée
  • Utopies nécessaires

Chaque programme est constitué de séminaires et ateliers ainsi que des activités des chaires rattachées au programme. Il s’appuie sur un groupe de résidents en lien avec la thématique générale du programme. La cohérence, la qualité et l’interdisciplinarité de la programmation sont supervisées par le directeur du programme. Ces activités sont les lieux de rencontre entre les résidents et les chercheurs du site d’Aix-Marseille, des partenaires scientifiques de l’institut et des acteurs du territoire, qui sont actifs dans les secteurs socio-économiques et culturels, ainsi que dans des initiatives citoyennes.


Le Centre Franco-allemand de Provence

Le Centre franco-allemand de Provence organise de nombreuses manifestations culturelles franco-allemandes (conférences, colloques, expositions, concerts, films, théâtre, danse) sous sa propre régie ou en partenariat avec les divers acteurs culturels, économiques et universitaires de la région. Le Centre propose également des cours d’allemand, des formations continues, c’est enfin un centre d’examens et d’informations. 

Le Centre Franco-Allemand de Provence existe dans sa forme actuelle depuis 1992. L’initiative de sa création repose sur le jumelage entre les villes d’Aix-en-Provence et de Tübingen, et de leurs universités, qui ont émis le désir d’instituer un forum pour développer les relations franco-allemandes. Grâce à son action, le Centre franco-allemand de Provence a trouvé une place de choix : il assure activement la présence culturelle franco-allemande dans toute la région PACA. Il est reconnu comme un véritable partenaire utile et dynamique dans un large secteur d’activités. De par sa situation en bordure de la Méditerranée, le Centre franco-allemand de Provence a aussi pour vocation de développer le dialogue entre l’Europe et les Pays du Bassin Méditerranéen dans les domaines culturels, scientifiques et pédagogiques.


Les éditions précédentes

À un moment où s’amorce un projet aussi courageux qu’exigeant et qui essaye d’interroger le passé franco-algérien, il est plus que jamais nécessaire de s’armer d’un référentiel épistémologique partagé et de s’inspirer du courage et de la perspicacité des faiseurs de paix de la réconciliation franco-allemande. Cet exercice de dénouement des tensions, entre mémoire et histoire, donne toute sa justification à notre rencontre, à un moment où la crise d’Ukraine fait aussi renaître le démon de la guerre et repose la question des limites de l’altérité.

C’est dans cet état esprit que nous prolongerons ce travail d’introspection, en nous arrêtant à un sujet qui donna son titre au superbe ouvrage de F. Pouillon et J. C. Vatin : Après l’orientalisme : l’Orient créé par l’Orient. Il y a là une invitation à la réflexion sur les conditions de production des frontières entre l’autre et soi-même. Au-delà de l’orientalisme comme courant générateur d’une pensée érudite mainte fois décrite et décriée, il s’agit de poser les termes d’un débat serein afin de dépasser ce qu’Edward Saïd pointe comme une limite de cette connaissance aussi dense qu’utile : « la croyance persistante de l’orientalisme en l’existence d’une différence ontologique radicale entre les natures de l’Orient et de l’Occident ». Il s’agit alors de mettre entre parenthèses les stéréotypes appropriés par ceux-là mêmes qui n’ont cessé de les dénoncer tout en revendiquant une spécificité qui va au-delà de la singularité des trajectoires historiques des sociétés.

On l’aura compris, cette cinquième édition du Forum franco-allemand de la Méditerranée nous propose une déambulation dans les méandres d’imaginaires que la sédimentation des préjugés et des incompréhensions a fini par opposer les uns aux autres. C’est, une fois encore, en faisant le choix d’un décentrement joyeux mais sans concession, que le FFAM refuse les fatalités délétères et ouvre la porte à un débat serein sur les grandes questions contemporaines.

Programme de cette édition.

 

Il existe, depuis au moins une trentaine d’années, comme un « prêt à penser » dans les relations entre Europe et Méditerranée. Appréhendé au prisme d’une binarité par essence abrasive, le monde arabe et musulman, avec ce que cette formule a elle-même d’approximative, est vu comme pris en étau entre les militaires, d’un côté, et les islamistes, de l’autre, entre des régimes dictatoriaux, qui répriment les libertés publiques, et des régimes politico-religieux, qui les considèrent comme impies ou inappropriées. Par sa prégnance, cette vision persistante informe les politiques internationales des États et de leurs organisations, au premier rang desquelles l’Union européenne, en direction de l’autre rive. Il est grand temps de mettre en débat une représentation du monde qui date du siècle dernier et qui tend à occulter une dimension majeure, la place des sociétés et des jeunes générations en particulier qui sont largement majoritaires sur les rives Sud et Est de la Méditerranée.

Il y a dix ans, et c’est l’occasion de tirer quelques leçons fort utiles aujourd’hui, surgissaient les « révolutions arabes ». L’histoire, dont on croyait qu’elle avait déserté cette région du monde, s’élançait au galop… Cet ébranlement marquait, pensait-on, la fin irrémédiable d’une période de glaciation se caractérisant essentiellement par l’incapacité de sociétés frappées d’aboulie à verbaliser une demande démocratique. Des peuples maintenus sous le boisseau de statut légaux en total décalage avec leurs conditions de vie réelles se soulevaient afin que soit entendue leur attente de justice et de liberté.

Quel bilan tirer, dix ans après, des révolutions arabes ? Est-ce une histoire interrompue ? Le « syndrome de la dictature » s’est-il durablement imposé ? L’hypothèse démocratique peut-elle devenir crédible ? Le silence démocratique est-il toujours de mise, au risque de s’aliéner une part grandissante des sociétés, et notamment des jeunes générations ? La défense des libertés publiques et des droits de l’homme, par les pays de l’Union européenne, non pas pour imposer un modèle ou une norme démocratique, mais pour conforter les dynamiques et les trajectoires démocratiques intérieures, n’est-elle pas un nouveau chemin à tracer, une exigence de politique internationale ?

Autant de questions qui seront au centre de la quatrième édition du Forum franco-allemand de la Méditerranée.

Programme de cette édition.

 

Les nœuds de mémoires entravent profondément les relations entre sociétés et entre Etats. Comment les dénouer ? En suivant quels chemins ?

L’Allemagne et la France n’ont pas suivi les mêmes chemins dans leur relation à leur passé. Il s’agit ici de les rapprocher, de les comparer et d’avancer ensemble pour tenter de fabriquer du commun entre les deux rives de la Méditerranée. La France et l’Allemagne ont néanmoins bâti une histoire commune: celle de leur propre réconciliation. Il s’agirait de tirer le meilleur parti de ces expériences variées et de cette relation commune, afin de les transposer en les adaptant aux situations conflictuelles du bassin méditerranéen, mêlant histoires mouvementées et mémoires à vif.

La reconnaissance du passé et des témoignages qui font l’histoire forment un vrai chantier. L’histoire des rapports entre la France, l’Allemagne et les pays bordant la Méditerranée est pleine de moments difficiles et encore tabous. Pour les mettre en lumière, le partage de l’expérience franco-allemande pourrait être une vraie piste. C’est ce que nous nous proposerons d’explorer afin d’accompagner le travail de mémoire collective en cours.

Ces nœuds de mémoire entre les deux rives de la Méditerranée, et au-delà dans nos relations avec le ou les mondes africains, peuvent-ils être dénoués par une politique de la reconnaissance ? Dans quelle mesure une approche comparée, franco-allemande, pourrait-elle être fertile pour avancer ensemble à propos de ces relations entre mémoires et histoires ? Est-il possible d’écrire une histoire partagée ? À quelles conditions et avec quels acteurs, d’une rive à l’autre de la Méditerranée ?

Programme de cette édition.

 

Espace de lointaines traditions et de mouvements incessants, la Méditerranée est un monde singulier qui s’écrit toujours au pluriel. Aujourd’hui, comme dilué par l’écume quotidienne de l’actualité médiatique, son bleu magnétique n’est plus que la scène d’apparition des désordres du temps, le décor d’un désastre humanitaire inexorable. Paradoxe de l’histoire ? Quelques petites années après ces « Printemps arabes » trop vite avortés ? Envers de la mondialisation ? Sans doute.

Nous vivons une période qui voudrait ne plus nous laisser voir dans cette vieille mer commune qu’une zone frontière, un no man’s land liquide, un cimetière sans stèles pour des femmes et des hommes éperdus d’avenir. Avec elles, avec eux, ce sont les principes de nos démocraties, les valeurs méditerranéennes d’hospitalité et la possibilité d’un humanisme franchissant les frontières qui semblent tirés vers le fond.

Toute honte bue, sur les estrades politiques comme dans les urnes, le populisme le plus médiocre, celui qui attise les peurs et excite les haines, désormais prospère. Et, partout autour de la Méditerranée, l’affirmation véhémente des identités, l’intolérance religieuse et la défiance à l’égard de toute altérité gagnent chaque jour un peu plus de terrain. L’Europe elle-même, ce projet d’intégration né de l’idée folle et un temps contagieuse de refouler hors de l’histoire la guerre et la destruction, l’Europe donc semble aujourd’hui incapable d’enrayer la marche funeste de ces passions identitaires.

Face à cette situation, les démocrates, les défenseurs des droits fondamentaux et de la tolérance doivent soutenir les jeunes générations dans leur défi le plus urgent : réinventer l’humanisme et le faire gagner contre les tentations du repliement.

Programme de cette édition.

À nouveau la Méditerranée témoigne de son importance décisive pour l’ensemble de la communauté internationale et plus particulièrement pour l’Europe. La Méditerranée – de façon très simpliste mais non moins exacte – est considérée comme l’origine de l’Europe. Aussi, le futur de l’Europe dépend profondément de la Méditerranée. Il y va de la nécessité de concevoir des liens solides et indéfectibles entre ces deux espaces.

L’Allemagne et la France, depuis peu, jouent à nouveau un rôle clé au sein de l’Union Européenne. Il en va ainsi de leur devoir – et ce, même si leurs relations à la Méditerranée sont très différentes – d’entreprendre de façon responsable et pérenne le développement de projets communs en lien avec la Méditerranée. La recherche historique est également un constituant fondamental de ce devoir, tout comme les initiatives culturelles ou les propositions d’actions politiques.

Le Forum franco-allemand de la Méditerranée a pour mission d’être une plateforme qui fait progresser le dialogue franco-allemand à propos de leurs relations aux mondes méditerranéens et qui donne un élan nouveau à des projets significatifs. C’est dans cette optique que nous nous réjouissons de votre participation à notre événement. Nous espérons que cela aboutira à des échanges fructueux ainsi qu’à de vives discussions.

 

Programme de cette édition.