Collection Questions transnationales KARTHALA

Présentation de la collection

© Maya Collombon

 

Des transformations des modes de faire du politique ou des politiques sont à l’œuvre en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans le monde arabe depuis près de trois décennies. Paradoxalement, alors qu’elles surviennent dans des contextes institutionnels et des régimes politiques distincts, ces transformations renvoient a priori à des rhétoriques et univers de sens partagés par la plupart des acteurs impliqués. Le succès planétaire apparent de modèles d’action publique (tels que la « gouvernance »), de techniques de gouvernement (comme la « participation ») ou encore de registres de mobilisation (comme l’« altermondialisme ») invite les sciences sociales du politique à questionner empiriquement la réalité et les raisons des similitudes et des interdépendances entre des processus socio-politiques repérés ici et là.

Dans la tradition pluridisciplinaire et comparative de Sciences Po Aix et de son laboratoire, Mesopolhis, cette collection entend nourrir ce questionnement en publiant des travaux qui privilégient l’enquête de terrain et se proposent de saisir au concret — c’est-à-dire au plus près des situations et des conflits, des acteurs et de leurs représentations — les dimensions transnationales du politique contemporain.

Déjà parus :
Mobilisations syndicales et violences au Sud – Protester dans les usines de la sous-traitance internationale au Guatemala par Q. DELPECH, 2014
Les lieux de la colère – Occuper l’espace pour contester, de Madrid à Sanaa par H.COMBES, D. GARIBAY, C. GOIRAND, 2016
Faire campagne, ici et ailleurs – Mobilisations électorales et pratiques politiques ordinaires par L. BAAMARA, C. FLODERER, M.POIRIER (doctorantes CHERPA), 2016
Marseille, ville du monde – L’internationalisation d’une métropole morcelée par Nicolas MAISETTI, 2017
La fabrique des IdentitésL’encadrement politique des minorités caribéennes à Paris et New-York par Audrey CELESTINE, 2018
– Le parti des travailleurs au Brésil. Des luttes sociales aux épreuves de pouvoir par Camille GOIRAND, 2019
 La politique des tambours. Cultures populaires et contestations postcoloniales en Martinique par Lionel ARNAUD, 2021

Pour envoyer vos manuscrits, merci de prendre contact avec les responsables de la collection en cliquant directement sur le lien suivant ou en le copiant dans votre messagerie : questionstransnationales@sciencespo-aix.fr


Comité de lecture

Comité de lecture : Philippe ALDRIN (Sciences Po Aix, MESOPOLHIS, France), Cécilia BAEZA (Université catholique de Sao Paulo, Brésil), Aurélie CAMPANA (Université Laval, Canada), Myriam CATUSSE (IREMAM, Aix-Marseille Université, France), Christian CULAS (Centre Norbert-Elias, Aix-Marseille Université et IRASEC, Vietnam), Dorota DAKOWSKA (Université Lyon 2, TRIANGLE, France), Constance DE GOURCY (Aix-Marseille Université, MESOPOLHIS, France), Audrey FREYERMUTH (Sciences Po Aix, MESOPOLHIS, France), David GARIBAY (Université Lyon 2, TRIANGLE, France), Eric GOBE (Aix-Marseille Université, IREMAM, France), Aude MERLIN (Université Libre de Bruxelles, CEVIPOL, Belgique), Marie-Emmanuelle POMMEROLLE (Université Paris 1, IFRA, Nairobi), Antoine ROGER (Sciences Po Bordeaux, Centre Émile-Durkheim, France), Vincent ROMANI (Université du Québec à Montréal, Canada), Jay ROWELL (SAGE, Sciences Po Strasbourg, France), Aude SIGNOLES (Sciences Po Aix, MESOPOLHIS, IREMAM, France), Céline THIRIOT (Sciences Po Bordeaux, LAM, France)

Faire, défaire la démocratie. De Moscou, Bogota et Téhéran au Conseil de l’Europe
sous la direction de Pascal Bonnard, Dorota Dakowska & Boris Gobille (dir.)

Cet ouvrage part d’un paradoxe d’une brûlante actualité : alors que les régimes autoritaires tendent à se durcir et que les libertés publiques sont de plus en plus remises en question dans les démocraties libérales, le formalisme démocratique (norme électorale, expression de la « société civile », dispositifs participatifs, etc.) continue d’être très largement mobilisé comme source de légitimation interne et internationale. À partir d’enquêtes menées sur les pratiques d’une grande diversité de pays (Algérie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Colombie, France, Iran, Pologne, Russie, Turquie), les contributions rassemblées ici donnent à voir comment la norme démocratique, tout en demeurant incontournable, se trouve dans bien des cas affaiblie sinon vidée de sa substance à mesure qu’elle recouvre des formes plus ou moins raffinées de surveillance et de contrôle.

Apparaît ainsi le brouillage contemporain de la frontière entre autoritarisme et démocratie, auquel les démocraties et les organisations internationales prêtent parfois leur concours lorsqu’elles sont amenées à en rabattre sur leurs standards.

 

 

La politique des tambours. Cultures populaires et contestations postcoloniales en Martinique
par Lionel Arnaud, 2021

Le bèlè, le danmyé et la kalennda sont des danses et des musiques héritées de l’Afrique noire, de l’influence européenne et des contraintes du système esclavagiste qui font l’objet d’une attention renouvelée en Martinique, où associations et militants entreprennent de les faire passer du statut de « folklores » méprisés à celui d’instruments de reconnaissance politique, sociale et culturelle. Depuis plus d’un demi-siècle, les habitants de Bô Kannal, l’un des quartiers les plus défavorisés de Fort-de-France, ont contribué à ouvrir cette voie en faisant du carnaval un instrument de visibilisation, de promotion et de réinvention culturelles. Mais comment comprendre que des individus apparemment démunis soient parvenus à développer une mobilisation culturelle longue et intense, à l’écart des institutions ?

Pour explorer les ressorts de cette énigme, ce livre s’appuie sur une étude serrée des acteurs et des pratiques de Tanbo Bô Kannal (TBK), une association créée par de jeunes habitants du quartier pour préserver et promouvoir leur « manière de vivre » et celle de leurs aînés. Dans le cadre d’une enquête ethnographique conduite entre 2011 et 2018, Lionel Arnaud a observé de l’intérieur les moyens mobilisés par les membres de ce collectif pour résister à l’emprise culturelle de la société dominante. En plongeant le lecteur dans l’histoire, l’espace de vie et les modalités d’organisation de ces militants, il montre comment les obstacles à l’agir culturel peuvent se muer en véritables incitations au changement social.

Lionel Arnaud est Professeur des universités en sociologie à l’Université de Toulouse et membre du Laboratoire des Sciences Sociales du Politique (LaSSP, Sciences Po Toulouse/Université Toulouse 3). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les politiques et les mouvements culturels en France et dans le monde. Il a récemment publié Agir par la culture. Acteurs, enjeux et mutations des mouvements culturels (éd. L’Attribut, 2018).

 

Le Parti des travailleurs au Brésil. Des luttes sociales aux épreuves du pouvoir
par Camille Goirand, 2019

Le Parti des travailleurs est-il devenu au Brésil un parti comme les autres au point de perdre son âme ? Longtemps vu comme un parti défenseur des plus pauvres, issu des oppositions au régime autoritaire, formé dans le giron de mobilisations ouvrières dans la région de São-Paulo, le PT est entré dans le jeu des institutions politiques dans les années 1990. Après être arrivé à la tête de plusieurs métropoles régionales, il s’est peu à peu ancré sur l’ensemble du territoire national, jusqu’à la victoire présidentielle de son dirigeant emblématique, Lula, en 2002. Le parcours de cette figure charismatique du PT, depuis les terres déshéritées de l’intérieur du Nordeste jusqu’au palais présidentiel, est significatif des transformations sociales qui ont traversé ce parti, jusque-là contestataire et devenu parti de gouvernement.

À partir d’une enquête ethnographique menée à Recife, dans le Nordeste du Brésil, et d’une analyse localisée du politique, cet ouvrage se penche sur les parcours biographiques de militants et de cadres locaux du parti. Il pose la question de l’apprentissage du métier politique, de l’ancrage social du parti, des changements dans le « faire » campagne et des sens de l’engagement partisan.

Camille Goirand est professeure de science politique à l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine (IHEAL) et chercheure au Centre d’Etudes et de Documentation sur les Amériques (CREDA – UMR 7227). Elle poursuit des recherches comparées sur l’engagement et la participation politique au Brésil et en Amérique latine ainsi que sur les mobilisations et leur répression. Elle est l’auteure de La politique des favelas (Karthala, 2000), a dirigé Les lieux de la colère (Karthala, 2015, avec David Garibay et Hélène Combes) ainsi qu’un dossier intitulé Destitution(s) au Brésil (paru dans Lusotopie, n°17, 2018), avec Marie-Hélène Sa Vilas Boas.

 

La fabrique des identités. L’encadrement politique des minorités caribéennes à Paris et New York
par Audrey Célestine, 2018

Les mobilisations de minorités sont volontiers évoquées dans le débat public sous l’angle de la « dérive identitaire » et du « communautarisme » qui menaceraient le modèle français de citoyenneté. Cependant, rares sont les études qui s’intéressent en profondeur à leurs acteurs, à leurs dynamiques, à leur histoire. Dans cet ouvrage, Audrey Célestine s’attache à saisir au concret la fabrique de l’identité culturelle et politique de deux groupes sociaux : les Antillais en France et les Portoricains aux États-Unis. La dimension comparative de cette enquête revisite largement l’opposition traditionnelle entre un modèle français « universaliste » et un modèle américain « communautariste ».

En mettant en regard de façon inédite deux trajectoires postcoloniales, ce livre montre que les processus de fabrication identitaire sont étroitement liés à la gestion par les autorités publiques des minorités ethniques et s’ancrent dans des mobilisations collectives ajustées au contexte d’accueil. En proposant une sociologie comparée des « identity politics », Audrey Célestine rappelle l’histoire longue et les logiques de transformation successive de ces identités ethniques jusqu’à aujourd’hui.

Audrey Célestine est politiste, enseignante-chercheuse à l’Université de Lille (laboratoire CERAPS) et membre junior de l’Institut Universitaire de France. Elle travaille depuis plusieurs années sur l’État en Outre-mer et les questions raciales en France et aux États-Unis. Elle est également l’auteure de l’ouvrage Une famille française paru aux Éditions Textuel en mai 2018.

Le photographe David Damoison est né en 1963. Il travaille principalement sur les Caraïbes et l’Afrique. Le travail photographique inclus dans cet ouvrage est issu d’un projet portant sur les populations des Antilles présentes en France hexagonale et interroge les identités créoles.

 

Marseille, ville du monde. L’internationalisation d’une métropole morcelée
par Nicolas MAISETTI, 2017

Dans un contexte d’intensification de la compétition internationale des territoires, les villes rivalisent de stratégies pour accroître leur rayonnement et améliorer leur attractivité. Marseille ne déroge pas à la règle. Ce livre analyse les politiques internationales qui visent à promouvoir une nouvelle image de Marseille, accueillante pour les investisseurs, les touristes ou les organisateurs d’événements culturels ou sportifs.

Quelles sont les facettes de Marseille mises en avant pour projeter la ville et son territoire au-delà des frontières locales et nationales ? Quels liens la municipalité tisse-t-elle avec ses homologues étrangères ? Comment la Région promeut-elle ses intérêts auprès de Bruxelles et parvient-elle à décrocher des fonds européens ? Quel est l’enjeu d’accueillir à Marseille une antenne de la Banque Mondiale ? Quels sont les effets d’une candidature à un événement international sur les recompositions des pouvoirs urbains ?

Le livre répond à ces questions et analyse les conditions de possibilité de l’internationalisation de Marseille, métropole morcelée.

Nicolas Maisetti est chercheur contractuel au Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS) où il travaille sur les enjeux de production urbaine et l’action publique locale. Il est l’auteur d’Opération culturelle et pouvoirs urbains (L’Harmattan, 2014) consacré à Marseille-Provence Capitale européenne de la culture 2013.

 

Faire campagne, ici et ailleurs. Mobilisations électorales et pratiques politiques ordinaires
par Layla BAAMARA, Camille FLODERER  et  Marine POIRIER, 2016

Cet ouvrage collectif propose un éclairage ethnographique des logiques de mobilisation électorale du Nicaragua à la Turquie, en passant par la France et les États-Unis. En faisant le choix d’une entrée « par le bas » et en s’intéressant au « faire campagne », cette série donne à voir les échanges et les transactions politiques, les modes d’intermédiation, les stratégies de labellisation et d’endossement de rôle, mais aussi les transformations et les ajustements des répertoires d’action mobilisés par les acteurs. L’ouvrage offre un regard comparé sur les campagnes électorales, en faisant dialoguer des travaux au-delà des « aires » ou des « spécificités » culturelles dans lesquelles ils restent parfois cloisonnés. À partir d’observations menées sur des terrains géographiquement, politiquement et sociologiquement diversifiés, ce livre entend rendre compte à la fois du temps long et des logiques de situation dans lesquels s’inscrivent les processus politiques et sociaux de mobilisation électorale.
Avec les contributions de Layla Baamara, Nicolas Bué, Maya Collombon, Hélène Combes, Hervé Do Alto, Camille Floderer, Marie-Ange Grégory, Rémi Lefebvre, Elise Massicard, Marine Poirier et Julien Talpin.

Layla Baamara, Camille Floderer et Marine Poirier sont politistes au CHERPA-Sciences Po Aix.

 

Les lieux de la colère
Occuper l’espace pour contester, de Madrid à Sanaa
par Hélène Combes, David Garibay et Camille Goirand, 2016

Dans bien des capitales, des places majestueuses, chargées d’histoire et de symboles, sont investies par des manifestants : les étudiants de la place Tian-An-Men à Pekin, les Indignés sur la Puerta del Sol à Madrid, les mères de disparus sur la Place de Mai à Buenos Aires, les contestataires sur le Zócalo de Mexico… Cette centralité de l’espace dans la construction de la contestation a été notée par de nombreux observateurs au cours des révoltes arabes et du mouvement Occupy. Or, en dépit de cette apparente évidence du lieu, la dimension spatiale n’a que rarement fait l’objet d’une attention en tant que telle dans la sociologie des mobilisations. Cet ouvrage s’attaque à cet angle mort. Il propose au lecteur de comprendre l’importance des lieux physiques et vécus et leurs effets sur l’action collective en suivant des mobilisations très variées – locales ou nationales-, d’hier ou d’aujourd’hui, de la péninsule arabique à la Bretagne, de New York à la Seine-Saint-Denis, de l’Amazonie péruvienne à Madrid.

Hélène Combes est chargée de recherche au CNRS, rattachée au Centre de recherches internationales (CERI- UMR 7050), Sciences Po.

David Garibay est professeur de science politique à l’Université Lumière Lyon 2 et chercheur à l’UMR Triangle.

Camille Goirand est professeur de science politique à l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (Institut des hautes études d’Amérique latine – IHEAL) et chercheur au Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS – CNRS UMR 8026).

Ont également contribué à cet ouvrage : Anahi Alviso-Marino, Martin Baloge, Doris Buu-Sao, Franck Gaudichaud, Marie Laure Geoffray, Stéphanie Guyon, Tudi Kernalegenn, Aurélie Llobet, Julie Metais, Héloïse Nez, Sylvie Ollitrault, Charlotte Pujol, Stéphane Tonnelat.

 

Mobilisations syndicales et violences au Sud. Protester dans les usines de la sous-traitance internationale au Guatemala
par Quentin Delpech, 2013

La violence des États centraméricains défraye souvent la chronique : conducteurs de bus tués, femmes assassinées, guerres de gangs – les fameuses maras – sur fond de narcotrafic. Au Guatemala, cette violence relève du quotidien. Ce pays d’Amérique centrale détient l’un des taux d’homicide les plus élevés au monde. Mais, il détient d’autres statistiques macabres : avec la Colombie, c’est au Guatemala que l’on tue le plus de syndicalistes. Plus qu’ailleurs, le militantisme syndical se confronte à des pratiques diffuses de discriminations antisyndicales et à des formes violentes de répression. Très peu de secteurs économiques échappent à ces contraintes. Certains secteurs sont même réputés pour leur lutte farouche contre toute forme d’action collective au travail. C’est notamment le cas des usines d’assemblage d’habits – appelées maquilas – qui fabriquent depuis maintenant plus d’une trentaine d’années pour les grandes multinationales du prêt-à-porter. Pourtant, une poignée de syndicats est parvenue à émerger au cours des dix dernières années.

Ce livre retrace la trajectoire de ces mobilisations syndicales depuis les réseaux d’activisme transnational jusqu’aux luttes locales des ouvriers ; mobilisations contraintes de toute part, entre la violence et l’insécurité sociales, les stratégies antisyndicales et l’impunité ordinaire qui continue d’entourer l’exercice quotidien du droit du travail au Guatemala. Car, depuis les marques sans usines du Nord jusqu’aux maquilas du Sud, une chaîne de déresponsabilisation tend à rendre invisible l’horreur au travail.
Quentin Delpech est docteur en science politique. Ses travaux de recherche portent sur l’internationalisation du militantisme syndical et sur l’exercice des droits syndicaux en Amérique centrale. Il a collaboré à de nombreuses recherches pour l’Organisation internationale du travail et pour l’Institut international d’études sociales à Genève.

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