Les ingérences étrangères dans l’économie française au cœur de la première étude de la Chaire Renseignement de Sciences Po Aix
Au terme d’un cycle de travail de trois ans, la Chaire Renseignement de Sciences Po Aix publie sa première étude intitulée « La France face à l’ingérence économique : l’impérieuse nécessité d’une stratégie nationale de souveraineté et de sécurité économiques ». Mandatée pour contribuer au rayonnement d’une pensée française indépendante en matière de renseignement, la Chaire capitalise sur l’expertise croisée des professionnels et des chercheurs et plaide au travers de cette étude pour l’essor d’une « équipe France » plus intégrée, capable de mener une politique de puissance et d’influence assumée.
Un constat : une stratégie nationale de souveraineté encore trop timorée
L’étude dresse un état des lieux des dispositifs français de sécurité économique, mis en place progressivement depuis les années 1990 et structurés par une politique publique dédiée depuis 2019. Si l’administration, les grands groupes et le monde académique se mobilisent de plus en plus, l’étude pointe les limites de l’actuelle direction politico-stratégique et l’éclatement des dispositifs existants, qui empêchent la France de répondre de façon cohérente à un défi pourtant systémique.
Face à ce constat, l’auteur invite à « voir le monde tel qu’il est et accepter de penser la conflictualité qui le sous-tend et le façonne ». L’élaboration d’une stratégie nationale de souveraineté et de sécurité économiques s’impose, portée par une structure de pilotage centrale. L’étude propose à titre illustratif un canevas de réflexions ainsi qu’une série de recommandations organisées autour de six axes : s’organiser, connaître pour anticiper et influencer, former et sensibiliser, s’adapter et innover, évaluer et sanctionner, et enfin faire savoir.
Un travail fondé sur les « workshops » de la Chaire
Cette étude s’appuie sur les débats tenus à l’occasion de trois workshops organisés à Aix-en-Provence puis à Paris entre 2023 et 2025, consacrés successivement aux entreprises françaises face aux services de renseignement étrangers. Ces rencontres ont réuni professionnels du renseignement, représentants d’entreprises et chercheurs, dans un cadre confidentiel, afin de partager constats, difficultés et bonnes pratiques.
Le travail s’est également appuyé sur les témoignages de personnalités qualifiées, sur de nombreux rapports et auditions parlementaires, sur la littérature scientifique du domaine, ainsi que sur trente-deux entretiens menés auprès de l’administration centrale et territoriale, dont quatre services de renseignement français du premier cercle, d’acteurs économiques de toutes tailles (grands groupes, PME, start-ups) et d’experts en sécurité et intelligence économiques.
La Chaire renseignement au contact de l’actualité pour décrypter les enjeux stratégiques
Dans un contexte où la compétition économique mondiale se durcit, où les techniques de captation se diversifient et où le cadre réglementaire évolue sans cesse, cette étude illustre la vocation de la Chaire Renseignement : prendre le temps de décrypter ces enjeux complexes et produire une analyse indépendante et opérationnelle, pour nourrir la réflexion des entreprises comme des pouvoirs publics sur des sujets stratégiques.
Nouvel axe de recherche : les partenariats public-privé dans le renseignement
Parallèlement à cette publication, la Chaire a initié son nouveau cycle d’étude le 9 juin dernier. Alors que la frontière entre renseignement étatique et acteurs privés n’a cessé de s’estomper ces dernières décennies, l’équipe de la Chaire a introduit sa nouvelle thématique de recherche à l’occasion d’un workshop organisé au Fort Ganteaume à Marseille. Du conseil en intelligence économique aux géants du numérique, en passant par les sociétés privées de sécurité, les entreprises privées occupent désormais une place importante et parfois décisive dans la chaîne de production du renseignement — de la collecte à l’exploitation. Cette évolution soulève de nombreuses interrogations, tant opérationnelles que juridiques et éthiques. À l’heure de la numérisation des sociétés, de la montée en puissance des technologies duales (civilo-militaire) et de la commercialisation croissante du renseignement, et alors que les capacités de certaines entreprises technologiques surpassent les budgets étatiques, ces enjeux interrogent en profondeur les équilibres entre efficacité opérationnelle, compétition technologique, contrôle démocratique et souveraineté nationale. En partenariat avec l’Agence spatiale européenne, cette thématique sera au cœur des réflexions pour les mois à à venir.

L’étude a été rédigée par Didier Gros, chercheur associé de la Chaire Renseignement de Sciences Po Aix et de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).
Colonel diplômé de Saint-Cyr et breveté de l’École de guerre française et du National War College américain, il a notamment été Attaché militaire à l’ambassade de France à Washington et Sous-directeur Affaires internationales au SGDSN.
Spécialiste des questions de défense et des relations transatlantiques, il enseigne aujourd’hui à Sciences Po Aix et à Sciences Po Lyon.
Suivez l’actualité de la Chaire Renseignement et retrouvez l’étude ainsi que le rapport d’activité 2025 de la Chaire sur la page dédiée.