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Caroline Henry

Vous êtes aujourd’hui Référente Égalité Diversité à Sciences Po Aix, en charge la politique égalité diversité de l’établissement, de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le racisme et l’antisémitisme. Pourriez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours et comment êtes-vous arrivée à Sciences Po Aix ?

Mon parcours est assez transversal, à la croisée de l’accompagnement, de la formation et des enjeux d’égalité et de diversité. J’ai d’abord travaillé en entreprise, notamment dans des fonctions d’assistanat et de gestion de projets, avant de m’orienter progressivement vers l’accompagnement des personnes et la formation. Je me suis ensuite spécialisée dans les transitions professionnelles, le bilan de compétences et l’accompagnement de publics très différents, notamment des demandeurs d’emploi, des salariés en situation de fragilité professionnelle et des personnes en situation de handicap. En parallèle, je me suis formée au coaching et à la psychothérapie. J’exerce également comme psychopraticienne et coach, ce qui nourrit ma compréhension des mécanismes relationnels, des situations de souffrance, de conflit et des périodes de transition. Je suis arrivée à Sciences Po Aix par la formation : j’y anime depuis 9 ans le module professionnalisation dans le Master PCM. J’ai ensuite rejoint la Mission Égalité Diversité en aout 2023 avec l’envie de mettre cette expérience au service d’un établissement et de ses étudiants. Depuis trois ans, mon rôle s’est progressivement développé autour de la prévention, de la sensibilisation, de l’accompagnement et du Dispositif Écoute Égalité.

En quoi consiste votre rôle au sein de l’École ?

Mon rôle est à la fois préventif, transversal et fondé sur l’écoute. La Mission Égalité a pour objectif de contribuer à créer un environnement d’étude et de travail dans lequel chacun puisse trouver sa place et mettre en place une culture du consentement et du respect de toutes et tous. Cela passe par des actions de sensibilisation et de formation, mais aussi par l’accompagnement des personnes qui rencontrent une difficulté ou qui souhaitent signaler une situation. L’un des aspects importants de mon rôle est donc de créer un espace où une personne peut venir parler, sans avoir nécessairement besoin de savoir au départ comment qualifier ce qu’elle vit. Écouter ne signifie pas préjuger de la situation ni se substituer aux autorités compétentes. Il s’agit d’abord de permettre à la personne de mettre des mots sur ce qu’elle vit, d’identifier ses besoins et, lorsque cela est nécessaire, de l’orienter vers le bon interlocuteur.

Quelles sont vos principales missions et sur quels sujets pouvez-vous être sollicitée par les étudiants et les personnels ?

Mes missions couvrent plusieurs dimensions : prévention et sensibilisation, formation, accompagnement, développement de partenariats et participation au fonctionnement du Dispositif Écoute Égalité. Je peux être sollicitée lorsqu’une personne s’interroge sur une situation de discrimination, de harcèlement, de violence sexiste ou sexuelle, dont les LGBTphobies font parties, de racisme ou d’antisémitisme, mais également lorsqu’elle est témoin d’une situation qui la préoccupe. Le premier rôle de l’écoute est justement de permettre de prendre du recul, de clarifier la situation et de déterminer avec elle quelles peuvent être les suites adaptées. Je peux également intervenir sur des questions plus larges liées aux relations, au sentiment
d’exclusion, aux difficultés rencontrées dans un groupe ou à certaines situations de mal-être. Mon approche est toujours de distinguer ce qui relève de l’écoute et de l’accompagnement de ce qui relève ensuite de l’instruction ou de la décision institutionnelle.

L’égalité, la lutte contre les discriminations et la prévention des violences sont des enjeux importants dans un établissement d’enseignement supérieur. Quels sont, selon vous, les principaux enjeux auxquels une école comme Sciences Po Aix doit être attentive ?

Le premier enjeu est de créer un cadre dans lequel chacun puisse étudier et travailler sans craindre d’être discriminé, harcelé ou subir des violences Mais je pense qu’il faut également être attentif à la complexité des situations. Les relations humaines ne se résument pas toujours à des catégories simples : une situation peut mêler conflit, souffrance, sentiment d’injustice, discrimination alléguée ou réelle, difficultés relationnelles et parfois plusieurs personnes qui se sentent elles-mêmes victimes. Cela impose de prendre chaque signalement au sérieux, de faire preuve d’écoute empathique, de non-jugement et d’ouverture d’esprit. Pour moi, la confiance repose beaucoup sur cette idée : les mêmes principes doivent pouvoir s’appliquer à chacune et chacun, quelles que soient la personne concernée, la nature du signalement ou les circonstances. L’enjeu est donc à la fois de protéger les personnes, de prévenir les violences et les discriminations, mais aussi de garantir un traitement rigoureux, respectueux et équitable des situations et conformes aux attentent du MESRE et des valeurs de la République Française.

Quelles actions sont mises en place à Sciences Po Aix pour sensibiliser et prévenir les discriminations et les violences sexistes et sexuelles ?

Depuis trois ans, nous avons développé des actions diversifiées : conférences, ciné-débats, formations des personnels et des étudiants, tables rondes, actions de sensibilisation et partenariats avec des associations et des professionnels. Nous avons notamment travaillé sur le consentement, les violences sexistes et sexuelles, les discriminations, les questions liées aux représentations sociales, l’antisémitisme et le racisme, mais aussi sur des sujets plus larges comme le vivre-ensemble ou la santé mentale. Le Dispositif Écoute Égalité a également été développé et élargi, avec une formation spécifique à la posture d’écoute pour ses membres. La Mission Égalité assure par ailleurs un accompagnement et une orientation des étudiants lorsque cela est nécessaire. L’objectif est de ne pas intervenir uniquement lorsque survient une difficulté, mais de travailler en amont : informer, donner des repères, développer les compétences relationnelles et permettre à chacun de savoir vers qui se tourner. Un diagnostic a également été réalisé pour ajuster les propositions à la réalité des étudiants. Par exemple, à la rentrée 2026, la Mission Egalité Diversité a fait évoluer la manière dont les sensibilisations sont proposées. Elles sont obligatoires. Elles sont diversifiées : un module spécifique a été proposé par SOS Homophobie aux associations. Les 180 étudiants de 1ère année ont assisté en petits groupes à un atelier sur le repérage des engrenages du racisme et de l’antisémitisme à la Fondation du Camp des Milles. Ces ateliers étaient animés par des médiateurs. Avant, la sensibilisation relatives aux violences en milieu festif était proposé en ami (180 étudiants), désormais, des ateliers de 15 à 30 étudiants sont animés par Avenir Santé ou l’APERS, association d’aide au victime avec laquelle nous en sommes en convention. Mener une politique de promotion de l’égalité et de la diversité nécessite une certaine agilité, agilité qui est présente à Sciences Po Aix. La vision d’Alessia Lefébure, directrice de Sciences Po Aix et la taille « humaine » de l’établissement favorisent une telle agilité.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux étudiants et aux personnels qui pourraient être témoins ou victimes d’une situation de violence ou de discrimination ?

Le premier message est simple : ne restez pas seul avec une situation qui vous préoccupe. On peut venir parler même lorsqu’on ne sait pas exactement ce qui s’est passé, comment qualifier les faits ou quelles suites donner. On peut venir déposer ce que l’on ressent. Être témoin est également une raison suffisante pour demander conseil et faire un signalement. On n’a pas besoin d’être directement victime pour se poser des questions et chercher de l’aide. L’écoute est souvent le premier ingrédient dont ont besoin les personnes qui sollicite le dispositif d’écoute et de signalement. Et surtout, demander de l’aide ne signifie pas nécessairement déclencher immédiatement une procédure. Le premier pas peut simplement être de venir parler.