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Professeur invité

Véronique Altglas

Véronique Altglas est sociologue des religions et Maîtresse de conférences en sociologie à la Queen’s University de Belfast. Professeure invitée à Sciences Po Aix jusqu’à fin mars, elle a répondu à nos questions son parcours et ses recherches. 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours académique ?

Je suis maîtresse de conférences en sociologie à la Queen’s University de Belfast. J’ai obtenu mon doctorat en 2004 à l’École Pratique des Hautes Études à Paris, puis j’ai effectué un post-doctorat à l’Université de Warwick, avant d’être chercheuse associée au département de sociologie de l’Université de Cambridge. J’ai été recrutée comme maîtresse de conférences à la Queen’s University de Belfast en 2009, et j’y ai obtenu mon Habilitation à Diriger des Recherches en 2015, toujours à l’EPHE, sur le thème « Fragmentation et structure du champ religieux contemporain ».

Mes recherches portent sur les transformations du religieux dans les sociétés modernes ainsi que sur les comparaisons transnationales des réponses à la diversité religieuse. Parmi mes publications, Le Nouvel Hindouisme Occidental (CNRS, 2005), From Yoga to Kabbalah: Religious Exoticism and the Logics of Bricolage (Oxford University Press, 2014), qui analyse l’exotisme religieux en lien avec la classe sociale et les nouvelles formes de gouvernance, ainsi que Bringing Back the Social into the Sociology of Religion (Brill, 2018), un ouvrage collectif centré sur des études sociologiques critiques et réflexives de la religion.

J’ai ensuite écrit Religion and Conflict in Northern Ireland. What Does Religion Do? (Palgrave, 2022), qui constitue une analyse critique et exhaustive des interprétations sociologiques du rôle de la religion dans le conflit nord-irlandais. Mon dernier ouvrage, Judaizing Christianity and Christian Zionism in Northern Ireland. For God, Israel and Ulster (Routledge, 2025), explore les intersections entre politique, bricolage religieux dans un contexte fondamentaliste, et classe sociale, à travers l’ethnographie d’une congrégation messianique en Irlande du Nord.

Pourquoi avoir choisi d’enseigner Sciences Sociales à la Queen’s University de Belfast ?

C’est un peu le hasard qui m’y a conduite, mais Belfast est une ville qui finit par s’imposer à vous — qui grows on you, comme on dit. Son histoire et sa politique sont fascinantes, et sa population est extraordinairement accueillante. Une société post-conflit — et pas toujours entièrement « post » — soulève des questions sociologiques et anthropologiques très riches, mais aussi des défis pédagogiques stimulants : comment enseigner à des cohortes d’étudiants locaux dont l’expérience vécue est si différente de la mienne ?

Invitée par Alix Philippon, maîtresse de conférences en sociologie à Sciences Po Aix, quel sera votre rôle dans l’École au cours du mois prochain ?

Le 4 mars 2026, j’aborderai la question du sectarisme en Irlande du Nord et le rôle de la religion dans les divisions et conflits sociaux ; avec Alix Philippon, nous explorerons dans une perspective comparative les thèmes du conflit, de la violence et du terrorisme en Irlande du Nord et en Irak.

Le 17 mars 2026, je donnerai une conférence publique sur les évangéliques judaïsants et les sionistes chrétiens en Irlande du Nord, et leur impact politique.

Enfin, le 25 mars 2026, toujours avec Alix, nous comparerons la fascination pour des traditions religieuses minoritaires — kabbale, soufisme — dans une séance consacrée à l’exotisme religieux et aux minorités dans une perspective comparative.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le livre que vous présenterez le 17 mars prochain ?

Mon dernier ouvrage, Judaizing Christianity and Christian Zionism in Northern Ireland. For God, Israel and Ulster, paru chez Routledge en 2025, s’intéresse à une constellation de congrégations et « synagogues » messianiques qui se sont développées à travers le monde, combinant liturgie, symboles et artefacts juifs avec des prophéties sur la fin des temps et le retour de Jésus.

Ce mouvement a contribué à une véritable popularisation des pratiques et symboliques juives, dont les manifestations les plus frappantes sont parfois spectaculaires : la réplique du Temple de Salomon construite par l’Église Universelle du Royaume de Dieu à São Paulo, ou encore les partisans de Donald Trump soufflant dans le shofar lors de l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021.

Ces phénomènes appellent une compréhension approfondie, particulièrement dans le climat politique actuel. À travers l’ethnographie d’une congrégation messianique en Irlande du Nord, le livre interroge la déréglementation du religieux, la logique du bricolage entre sources chrétiennes et juives, et la signification politique du rapport des messianiques à Israël et au sionisme chrétien.

Avez-vous des conseils pour les étudiants de Sciences Po Aix ?

Belfast grows on you — et les sciences sociales aussi. Laissez-vous surprendre par des terrains et des questions qui ne vous semblaient pas, au premier abord, vous concerner !

Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir ces questions, je les encourage vivement à envisager un semestre d’études à la Queen’s University de Belfast : c’est une expérience intellectuelle et humaine hors du commun, dans une ville dont l’histoire continue de nourrir la réflexion sociologique et politique.