Le dispositif IEPEI


Les objectifs du dispositif sont de fournir une aide méthodologique de préparation à des épreuves universitaires, par l’intervention de professeurs de l’IEP ; d’ouvrir de nouveaux horizons dans la promotion de l’enseignement supérieur, notamment dans les filières sélectives (CPGE, …) ; de lutter contre le sentiment d’illégitimité, notamment grâce aux relations nouées entre les lycéens et les étudiants de l’IEP qui participent au dispositif ; et d’éveiller un sentiment de curiosité et d’intérêt parmi les élèves au sujet de l’actualité et des grands débats contemporains.

Au sein d’IEPEI, il y a un partenariat spécifique avec le lycée Saint-Exupéry : des échanges de service entre un enseignant de l’IEP d’économie, qui prend en charge toute l’année une classe de seconde, et une enseignante du lycée (par ailleurs professeur référente), qui prend en charge deux conférences de méthode de 1re année en économie à l’IEP ; des conférences et cours animés par des enseignants de l’IEP au lycée ; le financement de cours assurés par des professeurs du lycée, le co-financement d’un voyage à Paris pour les élèves du dispositif, etc.

Yanis Fatnassi, arrivé en septembre à Sciences Po Aix en 1re année, a bénéficié du programme IEPEI. Son parcours assez exceptionnel le distingue de l’étudiant classique. Romane Zufic, étudiante en 4e année, l’a rencontré. Elle nous raconte son histoire :

 

Grand plongeon dans l’IEP

            Aujourd’hui, je rencontre Yanis Fatnassi, un nouvel élève de première année dont le parcours assez exceptionnel le distingue de l’étudiant classique. Issu des quartiers Nord de Marseille, il a dédié toute son adolescence à la natation à haut niveau, avant de s’investir pleinement dans ses études en entrant à l’IEP.

Yanis a appris à nager à dix ans et fait de la natation en compétition depuis qu’il en a douze. Il m’explique que l’année dernière, nager représentait pour lui vingt-cinq heures d’entrainement intensif, intercalées entre la terminale et la préparation pour le concours commun des IEP. Des entraînements auxquels il se rendait le soir après dîner, parfois ravi, parfois le pas traînant sous les encouragements de sa mère, il me l’avoue en rigolant.

C’est pour son profil atypique de grand nageur des quartiers Nord de Marseille qu’Arte l’a interrogé dans son reportage « Marseille, une ville qui ne sait plus nager ». Ce reportage dénonce que dans les quartiers défavorisés de la ville, un enfant sur deux ne sait pas nager à l’entrée au collège et que de nombreuses piscines sont délabrées ou fermées, ce que me confirme Yanis. La piscine la plus proche de chez lui, la Piscine Nord est fermée et ne sera finalement pas rénovée malgré les promesses, car considérée comme « pas assez rentable », tandis que la piscine La Martine dans laquelle il se rendait quotidiennement est en mauvais état, souvent fermée pour cause de pannes techniques.

Nager, comme entrer à l’IEP, n’avait rien d’évident pour Yanis, qui expliquait à Arte tirer de ses nombreuses longueurs « détermination, rigueur et valeurs », une recette de dépassement de soi qui, d’après lui, aura été précieuse pour son entrée à l’IEP.

Yanis est arrivé en septembre via le programme « IEPEI », le dispositif de démocratisation de Sciences Po Aix, qui comporte un partenariat spécifique avec le Lycée Saint-Exupéry des quartiers Nord de Marseille. Pour entrer à l’IEP via ce programme, plusieurs conditions sont nécessaires : les lycéens de Saint-Exupéry doivent avoir suivi avec assiduité le programme durant leur terminale, passé le concours commun des IEP et obtenu leur bac avec mention. Alors, ils sont reçus à l’IEP pour un entretien de motivation pour une éventuelle admission.

Cette année, ce sont six anciens élèves de Saint-Exupéry qui ont fait leur entrée à l’IEP pour débuter une 1A qui sera étalée sur deux ans afin de faciliter leur adaptation. Yanis m’explique en riant qu’ils sont suivis par un M.Vitse très (omni)présent, dont l’aide, les conseils et l’accompagnement lui sont très précieux. En effet, M.Vitse gère le programme IEPEI et après avoir réussi à guider ses protégés jusqu’aux portes de notre école, il est profondément impliqué dans leur intégration et soucieux de leur réussite.

Néanmoins, Yanis m’affirme que si le changement vis-à-vis de son ancien cadre de vie est radical, il n’éprouve pas de problème à s’adapter. Extraverti, il fait beaucoup de rencontres, participe à la plupart des soirées organisées et a rejoint déjà deux associations et deux équipes de sport. En effet, il a bien évidemment été recruté par l’équipe de natation de l’IEP, mais a également rejoint l’équipe de volley-ball. Il m’avoue être très content d’avoir l’opportunité de tenter autre chose après avoir si longtemps centré sa vie sur la natation. Désormais, c’est par pur plaisir qu’il ira faire ses longueurs avec l’équipe et qu’il tentera de décrocher la première place au CRIT.

Aujourd’hui, il nage donc moins, mais ses études à l’IEP représentent son nouveau challenge. Si avec la natation il souhaitait « montrer qu’on peut réussir n’importe quel sport en venant de n’importe où », désormais, n’est-ce pas plutôt « entreprendre n’importe quel parcours en venant de n’importe où » ?

Romane ZUFIC,
Étudiante en 4e année à Sciences Po Aix