Chicane, l’observatoire des controverses

Chicane… de l’autre côté de l’Atlantique, chez nos cousins québécois, quand on se chicane c’est pour évoquer une querelle, une dispute souvent de mauvaise foi comme des enfants qui chercheraient à avoir toujours le dernier mot. À Sciences Po Aix, on a fait de cette chicane, un « petit observatoire des controverses », un journal entièrement conçu et édité par les étudiants et l’équipe pédagogique du Master « Métiers de l’information Sciences Po Aix / EJCAM ».

De nos amis québécois, on a retenu l’idée que de trop nombreuses controverses étaient réduites à une seule cause explicative, à la voix de ceux qui sont le plus dotés en ressources médiatiques et politiques. Aussi, si on aime se quereller, on aime surtout argumenter dans Chicane. Il s’agit de refroidir les controverses pour en exposer tous les points de vue sans oublier de situer ces points de vue dans le temps et dans l’espace.

La formule du Chicane est simple, partir d’une controverse pour identifier minutieusement la cartographie des acteurs et la chronologie de la controverse afin de pouvoir dresser un « arbre des débats » qui permette de visualiser et de restituer la complexité des enjeux soulevés par la controverse. Une fois ce travail réalisé, une équipe d’apprentis journalistes inscrite en master 1 ou 2 « Métiers de l’information » part sur le terrain enquêter et livrer ainsi quelques points de vue situés sur la controverse. Présenté sur un format papier que l’on déplie comme un poster, le lecteur est invité à entrer à chaque nouveau dépliage un peu plus dans la controverse.

Chicane n°1    Chicane n°2

Mais réduire Chicane à un simple journal interne à Sciences Po Aix serait largement trompeur ! Ce qui est intéressant dans une dispute c’est quand elle circule et se nourrit de nouveaux arguments. Aussi, les étudiants du master Métiers de l’Information se sont engagés depuis l’année dernière dans un autre défi, faire de ce journal un support de l’ouverture de Sciences Po Aix sur la cité. Chaque publication du Chicane est ainsi associée à l’organisation de conférences, d’ateliers débats qui ont pour vocation de prolonger le débat.

Chicane est ainsi autant un journal qu’un support pédagogique que chacun, chacune peut s’approprier pour prolonger le débat. Si l’édito du Chicane valorise la neutralité nécessaire à l’analyse d’une controverse, il est bel et bien un outil qui vise à se forger un avis, un vecteur d’éducation à la citoyenneté. L’année dernière plusieurs thèmes ont été traités : la controverse sur l’enseignement du genre à l’école, celle sur les enjeux de la mobilité comme accélérateur ou réducteur de la fracture sociale et territoriale en PACA, en revenant notamment sur ce qui s’apparente aujourd’hui à un vieux serpent de mer « Faut-il ou pas privilégier la grande vitesse sur notre territoire ? ».

Chicane n°3Un troisième numéro a été réalisé autour des enjeux liés à la programmation numérique, apprendre à coder suffit-il pour contribuer au développement d’une culture numérique ? A quoi peut servir l’apprentissage du code à l’école, est-ce son rôle ?
Deux numéros sont à venir avant la fin de l’année 2016. Un numéro sera consacré à la fabrique médiatique de l’exception des quartiers nord de Marseille. Il appuiera et accompagnera les débats de la prochaine conférence du cycle de « Sciences Po Aix dans la cité » du 17 novembre 2016, Médias et banlieue : la fabrique d’un lieu commun, en présence de Philippe Pujol, journaliste, Prix Albert Londres auteur de « La Fabrique du Monstre, 10 ans d’immersion dans les quartiers nord de Marseille » et de Jérôme Berthaut, sociologue et auteur de « La banlieue du 20h ».

Ce numéro 4 de Chicane voyagera ensuite jusqu’aux lycées des quartiers nord de Marseille pour une conférence débat avec l’ensemble des lycéens en février 2017.

Un autre numéro en cours de réalisation sera lui dédié à la controverse autour des boues rouges. Il servira de prétexte à l’organisation d’une conférence débat le 6 décembre sur les enjeux de gouvernance des littoraux méditerranéens et de la thématique plus large de l’acceptabilité sociale des projets d’aménagement du territoire et développement économique et touristique en partenariat avec le conseil régional PACA.

Les étudiants de l’association CASA souhaitent s’associer à la production du premier Chicane de l’année 2017 pour accompagner leur investissement dans la cité sur la thématique des réfugiés et demandeurs d’asile…les réflexions sont en cours et les étudiants du master Métiers de l’information répondront avec enthousiasme à leur demande.

En un mot vous l’avez compris, les étudiants du master « Métiers de l’information » et l’équipe pédagogique sont preneuses de toute initiative et prête à se chicaner avec vous !