En juillet, vous avez été élue Présidente du Conseil d’Administration de Sciences Po Aix, comment envisagez-vous votre fonction au sein de l’École ?

La fonction de Présidente du Conseil d’administration de Sciences Po Aix est complémentaire par rapport à celle de directeur. Un Conseil d’administration n’a pas vocation à intervenir dans l’opérationnel : il fixe les grandes orientations de la politique de l’établissement, accompagne l’équipe de direction et contrôle son action. Il joue donc un rôle essentiel. J’ai pu apprécier, lors de la séance du Conseil d’administration du 10 juillet dernier, la variété des parcours et des expériences des membres du Conseil de Sciences Po Aix. Cette diversité est importante car elle fait la richesse de la collégialité qui préside aux décisions du Conseil. Mon rôle en tant que Présidente sera de m’assurer que chaque administrateur dispose de l’ensemble des informations nécessaires à l’exercice de sa mission. Je suis convaincue qu’une bonne gouvernance nécessite des échanges réguliers, étroits et transparents avec le directeur de Sciences Po Aix, Rostane Mehdi. Je sais que nous souhaitons tous les deux travailler dans cet état d’esprit.

Vous avez été secrétaire générale de la Ville de Paris pendant 3 ans. Quel a été votre plus grand défi ?

J’ai rejoint la Ville de Paris en 2014 et j’ai exercé les fonctions de Secrétaire générale de 2017 à 2020. Pendant ces six années, l’administration parisienne a été confrontée à un enchainement inédit d’évènements exceptionnels. La mandature a commencé avec les attentats de 2015 et s’est terminée en pleine pandémie du Covid-19. Nous avons aussi connu une crise migratoire sans précédent, plusieurs canicules, l’incendie de Notre-Dame, les manifestations des « gilets jaunes », sans oublier des dossiers internes difficiles, comme Velib ou Autolib. Dans toutes les directions de la Ville, la gestion de crise a mobilisé un temps et une énergie considérables. Dans ce contexte, mon plus grand défi a été de faire en sorte que l’administration parisienne ne se laisse pas enfermer dans la gestion de l’urgence mais parvienne à déployer parallèlement un programme de mandature très ambitieux, à se moderniser et à continuer d’améliorer la qualité du service rendu aux Parisiens. Non seulement l’administration parisienne n’a pas sombré, comme le veut la devise de la Ville de Paris (« Fluctuat nec mergitur »), mais elle a réussi à garder le cap dans la tempête.

Votre carrière professionnelle a-t-elle transformé votre regard sur l’enseignement supérieur ?

Dans tous les postes que j’ai occupés, et en particulier lorsque j’ai dirigé l’administration parisienne, j’ai pu constater que les meilleurs diplômes ne faisaient pas toujours les meilleurs dirigeants ou les meilleurs collaborateurs. La maîtrise des savoirs académiques et l’acquisition des compétences techniques sont essentielles et le diplôme reste la meilleure garantie d’insertion dans le marché du travail. Mais ce sont les compétences comportementales qui font la différence au cours d’une carrière professionnelle. Les qualités d’écoute et d’adaptation, le sens de l’initiative et du collectif, la capacité à décider, à prendre des risques ou encore à s’exprimer en public sont indispensables pour réussir, notamment dans les fonctions managériales. Quand j’étais étudiante au début des années 1990, les établissements d’enseignement supérieur investissaient peu la problématique du « savoir être ». Heureusement, des progrès ont été faits depuis : l’internationalisation des cursus, la généralisation des stages, le développement de méthodes pédagogiques innovantes favorisent l’acquisition de ces compétences-clés. Cela me parait devoir être au cœur de la mission de l’enseignement supérieur et non réservé à ceux qui auront ultérieurement la chance de bénéficier de programmes de formation continue.

Vous avez été étudiante à Sciences Po Paris. Que retenez-vous de “l’esprit Sciences Po” ?

J’ai intégré Sciences Po Paris après avoir fait une école de commerce. Je suis entrée en admission parallèle en 2ème année (à une époque où la scolarité durait trois ans) dans la perspective de passer les concours de la fonction publique. Ce furent donc pour moi deux années de travail très intenses et j’ai le souvenir, en même temps, d’une formidable respiration. En école de commerce, on se spécialise et on se professionnalise très vite. A Sciences Po Paris, je revenais au général et à l’essentiel : la compréhension du monde contemporain, dans ses dimensions politiques, économiques, juridiques. J’ai apprécié la curiosité intellectuelle et l’envie d’apprendre des étudiants de Sciences Po ainsi que la rigueur du raisonnement et de l’argumentation qui y est enseignée.

Y a-t-il un projet qui vous tient à cœur à Sciences Po Aix et que vous souhaitez porter tout particulièrement ?

J’en citerai deux. D’abord, l’innovation pédagogique. C’est un des grands défis que doivent relever les établissements d’enseignement supérieur, à la fois pour répondre aux attentes des publics étudiants, dont les modes d’apprentissage ont évolué, pour intégrer les apports de la transformation digitale, qui touche désormais toute la société, et pour rester attractifs à l’échelle internationale. Tous les projets pédagogiques innovants, comme le serious game « Brussels World Simulation » initié par les équipes enseignantes de Sciences Po Aix et d’AMU, doivent être encouragés.

Ensuite, l’ouverture sociale. Favoriser une plus grande diversité sociale au sein de la communauté étudiante, dans le respect du principe d’égalité et en maintenant un même niveau d’excellence, est un enjeu majeur pour Sciences Po Aix, comme pour toutes les grandes écoles. La création, à la rentrée 2021, de la plus grande classe « Talents » de France au sein de la prep’ENA – Grands concours de Sciences Po Aix est, de ce point de vue, une très bonne nouvelle.

Je sais le directeur de l’École, Rostane Mehdi, très engagé en faveur de l’innovation pédagogique et de l’égalité des chances. Je le serai également.

Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté de Sciences Po Aix en cette rentrée ?

Du fait de l’isolement, de la disparition des jobs étudiants, de l’incertitude quant à l’avenir, les étudiants ont été partout les premières victimes de la crise sanitaire.

Les particularités de l’enseignement dans les Sciences Po, notamment les cours en petits groupes, la mobilisation des équipes enseignantes et administratives ainsi que la solidarité qui règne entre les étudiants ont permis que la communauté de Sciences Po Aix surmonte la crise mieux que d’autres. Il faut s’en réjouir. Les progrès de la vaccination et la vigueur de la reprise économique doivent permettre d’envisager une rentrée 2021 plus sereine pour les étudiants. Je souhaite adresser à tous un message de vigilance, bien sûr, car la crise sanitaire n’est pas terminée, mais aussi un message d’optimisme. Bonne rentrée à toutes et à tous !