Les 23 et 24 novembre 2022, à l’occasion de la 5ème édition du Forum franco-allemand de la Méditerranée, Sciences Po Aix a accueilli diverses tables rondes ainsi qu’une soirée culturelle afin de questionner la notion d’orientalisme dans une approche pluridisciplinaire chère à notre École. Ce forum était organisé avec l’IMéRA, le Centre franco-allemand de Provence, et la participation de l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence Félix Ciccolini (ESAAIX).

Historiens, anthropologues, juristes, militants, artistes, journalistes… Nos invités se sont rassemblés pour discuter ensemble mais également pour échanger avec les étudiants et le public présents. De nombreux débats ont vu le jour, permettant de nourrir une réflexion sur les tensions qui existent entre Histoire et Mémoire, deux thématiques bien connues de nos étudiants dans le cadre des enseignements de questions contemporaines. Ces derniers nous livrent plusieurs témoignages soulignant l’importance de cet événement dans leur parcours au sein de l’École.


Conférence d’ouverture du Forum franco-allemand de la méditerranée

La conférence d’ouverture, qui s’est tenue durant la soirée du mercredi 23 novembre, était animée par Rostane Mehdi, directeur de Sciences Po Aix, et Thierry Fabre, directeur de l’IMéRA. Intitulée “Conciliations et/ou réconciliations – Allemagne, France, Algérie”, elle a donné le ton au débat principal du forum : revenir sur la réconciliation franco-allemande pour interroger celle plus actuelle entre la France et l’Algérie.

À la chaire de l’amphithéâtre René Cassin se trouvaient Jacques Ferrandez, peintre, illustrateur et auteur de bande dessinée, Corine Defrance, historienne, directrice de recherche au CNRS, et Ulrich Pfeil, historien, professeur de civilisation allemande à l’Université de Lorraine. Entremêlement des sociétés et des mémoires, guerres intestines, dysmétries politiques, rapprochements dans le milieu artistique, outils de réconciliation : voilà autant de sujets qui ont été abordés durant ce moment de débat singulier. Corine Defrance a souligné “l’importance de la jeunesse” dans ces questionnements, une des thématiques à l’honneur lors des rencontres du lendemain.

Ann-Elizabeth Rouet, étudiante en Master 2 Politique culturelle et mécénat, est venue assister aux diverses tables rondes : “Avec ce forum, j’ai pu approfondir certains sujets, notamment la question franco-algérienne, et voir se confronter plusieurs points de vue. D’un point de vue culturel, j’ai aussi découvert des artistes que je ne connaissais pas. Je retiens que la problématique des mémoires est extrêmement actuelle. On a encore beaucoup de travail à faire pour réussir à répondre à tous ces besoins historiques, et les jeunes ont un rôle à jouer important.


Journée du jeudi 24 novembre : tables rondes et soirée culturelle


Trois tables rondes à l’origine de discussions enrichissantes se sont succédées le jeudi 24 novembre. La première, “Orientalisme et orientalisme à rebours”, a débuté par l’intervention de François Pouillon, ancien directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, auteur de l’ouvrage Après l’orientalisme – L’Orient créé par l’Orient. La rencontre, animée par le Professeur Mohamed Tozy, a permis de nombreux échanges grâce à la participation des étudiants des Masters 2 Dynamique politique et mutation des sociétés et Politiques européennes et action transnationale invités à la table ronde, qui ont pu poser directement leurs questions à l’anthropologue.

Alice Ragues, étudiante en Master 2 Dynamique politique et mutation des sociétés, nous raconte son expérience : “C’était vraiment intéressant de pouvoir participer à une table ronde du côté des “coulisses”. On a pu expérimenter une autre facette de la recherche par notre participation à cette conférence et c’était très stimulant ! C’était assez prenant de s’y préparer, on a lu plusieurs articles sur l’orientalisme, explicatifs de la position de Saïd ou qui la critique. Cela m’a permis d’avoir un regard assez nuancé sur la question, et de pouvoir en discuter de manière constructive.

Durant la deuxième table ronde, Visions et attentes de la jeunesse”, une présentation sur les dispositifs de réconciliation franco-allemande et franco-algérienne a été menée par des étudiants du cursus franco-allemand et de l’association Ema Aix. Pour cette discussion animée par Rostane Mehdi et Rainer Gregarek, professeur agrégé d’allemand, les intervenants étaient les suivants : Valentin Drets et Yoann Sportouch, représentants du groupe « Regards de la jeune génération sur les mémoires franco-algériennes » de la Commission Stora, Florence Gabbe, responsable de l’Unité « Régions, Europe et Voisinage », OFAJ DFJW et Farah Hached, juriste et militante tunisienne, Université Mahmoud El Materi, membre du groupe « Penser la Méditerranée ensemble : Politique de jeunesse transméditerranéenne ».

Paul Jouen, étudiant en Master 2 Métiers du journalisme et enjeux internationaux, issu du parcours franco-allemand de Sciences Po Aix, nous a donné son ressenti suite à cette table ronde : “Le rapport au passé reste une question sensible. Il faut toujours essayer d’élargir le champ des possibles pour avancer main dans la main, que ça soit entre la France et l’Allemagne, entre l’Allemagne et la Pologne, ou entre la France et l’Algérie. Je n’étais pas forcément à même de saisir tous les enjeux du rapport au passé franco-algérien avant la table-ronde et je m’y suis rendu par curiosité. Chaque relation bilatérale est par essence unique. Se renseigner sur d’autres relations bilatérales permet de se poser les bonnes questions et d’enrichir sa réflexion personnelle lors qu’on partage sa vie entre deux pays.”

Une réflexion personnelle qu’il souhaite poursuivre : “Assister au forum franco-allemand de la Méditerranée m’a donné la possibilité de travailler sur les questions que je me pose sur les destins binationaux. La principale question que je souhaite approfondir après avoir assisté à cette intervention est de voir davantage comment faire en sorte que des pairs, indépendamment de leurs origines, aient également le meilleur accès possible au passé commun de leur pays respectifs, de part et d’autre des frontières.

La journée s’est conclue sur la dimension artistique de l’Orientalisme avec une troisième table ronde animée par la journaliste Mélanie Masson et intitulée “Héritages et déconstructions de l’orientalisme”. En présence de l’historienne de l’art Christine Peltre, de la plasticienne Katrin Ströbel, ainsi que des artistes Dalila Dalléas Bouzar et Amir Youssef, l’orientalisme a été appréhendé à travers le voyage, le paysage, le genre, le corps comme enjeu politique, la représentation historique et la colonisation. Pour Dalila Dalléas Bouzar, son art n’est pas une “déconstruction” du passé, mais plutôt “une réaction et une continuation des luttes du passé“. Ce moment de partage s’est poursuivi par une soirée culturelle avec la performance artistique de Dalila Dalléas Bouzar et le vernissage de l’exposition “Habakkuk Project” proposée par Amir Youssef, ancien étudiant de l’ESAAIX.


Article rédigé par Péroline Rouillard, étudiante en Master 2 Métiers du journalisme et enjeux internationaux, tutrice au service communication de Sciences Po Aix